Rédigée le 31 Octobre 2017

Entrepreneuriat : l'envers du décor, derrière le mythe, la réalité


Numéro 48, daté Octobre 2017.
Numéro 48, daté Octobre 2017.
Avec l’amélioration généralisée du climat des affaires, lancer son entreprise n’a jamais été aussi tendance en Afrique. Et pour cause : l’aventure entrepreneuriale, avec ses exemples parfois spectaculaires de réussites individuelles (Aliko Dangote, Patrice Motsepe, Onsi Sawiris, Idrissa Nassa…), fait assurément plus rêver que la litanie habituelle de nos difficiles fins de mois d’employés. La réalité est pourtant à des années lumière de l’image lisse renvoyée par les médias : dans la vraie vie, l’échec entrepreneurial est la norme plus que l’exception. Comme le rappelle Scott Shane dans son essai The illusions of entrepreneurship (Les illusions de l’entrepreneuriat, non traduit en français), qui passe en revue les données statistiques de plusieurs pays, l’entrepreneur type est d’abord un individu qui n’aime pas travailler pour les autres et qui aura deux chances sur trois de faire faillite au cours de ses sept premières années d’activité. Pire, le créateur d’entreprise lambda – lorsqu’il parvient à se maintenir à flot – est souvent moins payé et travaille plus que son camarade, resté dans le confort ouaté du salariat. Autre point important, mis en exergue par l’étude, le taux d’entrepreneuriat est proportionnellement plus élevé dans les pays pauvres. Un fait qui semble aller à rebours de l’idée de prospérité habituellement attachée au statut de chef d’entreprise, mais qui s’explique aisément. Un environnement fragile et précaire (crise économique, poids de l’informel, faiblesse ou absence de protection sociale…) rend d’autant plus impérative la prise d’initiative en vue de générer un revenu, aussi faible soit-il. En somme, un entrepreneuriat de nécessité plus qu’un entrepreneuriat choisi. En Afrique, les statistiques fiables sur ce sujet restent rares, mais pour les institutions qui s’y collent, à l’instar de la Global Entrepreneurship Research Association, les résultats obtenus vont dans le même sens. Le Burkina Faso et le Cameroun ont ainsi un taux global d’activité entrepreneuriale en phase de démarrage (1), sensiblement plus élevé (33,5 % et 27,6 % respectivement) que la France (5,3 %) ou les Etats- Unis (12,6 %), nation autoproclamée de la libre entreprise! Dans l’étude précitée, le pays des hommes intègres décroche même la palme de la nation la plus «entreprenante» (1er sur 64!), le Cameroun étant lui aussi bien placé dans le classement (4e sur 64). Il n’empêche, lancer une affaire ne suffit pas, encore faut-il la pérenniser. Et, à cette aune, le taux de cessation d’activité en Afrique est aussi le plus élevé de la planète : 12,7 % en moyenne, contre 6,8 % en Europe, 9,6 % en Amérique latine et 12 % en Amérique du Nord. En clair, agir (entreprendre) n’est pas réussir et, derrière le discours angélique ambiant sur l’entrepreneuriat et ses possibilités infinies, il est bon de se rappeler que c’est d’abord l’incertitude et la précarité qui est le lot commun de la foule des appelés. Une mise en garde qui n’empêche cependant pas d’honorer au plus haut degré ceux qui, en situation d’adversité, ont décidé de chercher une sortie «!par le haut!», en lançant une activité entrepreneuriale. Et d’admirer en connaissance de cause ceux qui, en dépit de tous les obstacles, ont réussi à bâtir une activité durablement créatrice de valeur.

(1) Part de la population du pays, âgée de 18 à 64 ans, qui démarre ou vient de démarrer (période inférieure à 42 mois) une activité entrepreneuriale.
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