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En Afrique, le blé russe s’impose

Par Patrick Nelle le 9 Mai 2017


L’année 2016 a été une année exceptionnelle pour l’agriculture russe, qui a pris la tête des exportateurs mondiaux. Parmi ses premiers clients, les pays africains, qui achètent de plus en plus à Moscou, au détriment de leurs partenaires européens et américains traditionnels.



En Afrique du Nord

L’afflux de blé russe rebat les cartes et fait bouger les lignes sur le marché mondial. Sur le continent africain, les ventes de l’Europe et des Etats-Unis subissent un net recul sur des marchés qui leurs étaient traditionnellement acquis.

En Afrique du Nord, le blé de Russie est entré en force en Egypte, au détriment notamment des exportateurs américains. Le marché égyptien est stratégique, puisque ce pays est le premier importateur mondial de blé avec une facture de 3 milliards de dollars par an. Il y a environ un an, Le Caire et Moscou signaient une convention portant sur la livraison de 300 000 tonnes de blé à l’Egypte. En 2016 l’Egypte a importé 5,7 millions de tonnes de blé russe. Au Nigeria, pays qui importe 97% de sa consommation, le blé russe a également fait une entrée en force. Mais ici la dynamique a connu un coup d’arrêt. Secoué par la crise, et dans le cadre de sa politique de restriction des changes, Abuja a annoncé en novembre dernier la suspension des importations de blé de Russie, appelant les entrepreneurs russes à investir dans l’agriculture locale.

La France perd des parts de marché dans ses bastions

Les parts de marché des fournisseurs de blé français ont également subi un net recul dans leurs bastions traditionnels d’Afrique de l’Ouest. Interrogé par Forbes Afrique, Yann Lebeau représentant de France Export Céréales à Casablanca confirme cette nouvelle donne : « Au Sénégal ou au Cameroun, la France avait 80% du marché. Cette année, elle n’est qu’à 30% et la Russie à 50% », précise-t-il.C’est un gap énorme par rapport aux positions habituelles des fournisseurs français, comme l’illustre Yann Lebeau : « Les meuniers d’Afrique subsaharienne francophone ont l’habitude de se fournir en blé meunier français. L’origine française représente, suivant les pays, entre 50 et 95% de part de marché. Le reste étant fourni par le Canada et l’Europe du Nord, avec des blés de qualités différentes, complémentaires du blé français », avant d’insister sur les raisons de ce brusque déclin : « La production française 2016 a subit un accident climatique très sévère qui a eu un impact négatif extrêmement important sur les rendements des agriculteurs. Pour ne rappeler qu’un chiffre, le disponible exportable de la France, vers les pays en dehors de l’UE, pour la campagne de commercialisation 2016-2017, a été divisé par 3 !! Du jamais vu ! »
 
Pour autant, Yann Lebeau se veut optimiste dans la capacité des exportateurs français à redresser la barre : « Les perspectives de production sont pour le moment très favorables et nous espérons reprendre un rythme régulier, dès l’été, de livraisons à nos partenaires africains ». Un pari qui semble pourtant difficile , puisque de l’aveu même de Yann Lebeau « le blé russe intéresse les industriels car il est souvent plus riche en protéine et apporte donc une certaine élasticité aux pâtes boulangères. En ce sens, il est possible que les acheteurs continuent de s’approvisionner en partie en blé russe, pour cette raison». La montée en puissance du blé russe  en Afrique n’est donc pas prête de s’arrêter.



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