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Elodie de Warlincourt « les Africains ont plus d’opportunités dans la création d’entreprise »

le 20 Octobre 2016


Elodie de Warlincourt est la directrice générale de l’African Innovation Foundation (AIF) qui a notamment créé le prix de l’innovation pour l’Afrique (PIA). Détentrice d’un master en Philosophie, elle a été déléguée du Comité international de la Croix Rouge au Kosovo et en Erythrée entre 1999 et 2001. Elle a également travaillé au Secrétariat d’Etat à l’Economie en Suisse en tant que chargée de relations avec l’Organisation de coopération et de développement économiques puis au sein de la division de soutien au secteur privé. C’est en s’intéressant aux fondations, qui de par leur structure ont un fort potentiel d’indépendance et d’engagement direct auprès du secteur privé, qu’elle a rejoint l’African Innovation Foundation en Janvier 2014 en tant que Directrice Générale en charge de la direction des processus de la fondation et de la codirection opérationnelle, avec comme focus le programme d’impact social de la Fondation en Angola.




Qu’est-ce-qui justifie la création de l’African Innovation Foundation ? Quels sont les objectifs de votre organisation ? Depuis quand existe-t-elle ?

L’AIF existe depuis 2009 et son objectif est d’améliorer la prospérité des Africains en catalysant l’esprit d’innovation en Afrique. Le projet de la fondation est né de la vision d’un entrepreneur Suisse-Angolais, Jean-Claude Bastos de Morais. Nous sommes convaincus que le secteur privé local doit jouer un rôle central dans la transformation économique du continent africain, notamment grâce à la culture du Do-it-Yourself, qui est fortement ancrée dans la culture africaine. AIF souhaite mettre en avant l’ingénuité Africaine. Notre Fondation se situe également dans la directe lignée des mouvements For Africa by Africans et Maker.

Quelles sont vos secteurs d’intervention et pourquoi ?

La première initiative de la Fondation fût le Prix de l’innovation pour l’Afrique (PIA) lancée en 2011. Ce projet était une évidence pour le mandat de l’AIF. Le prix a permis d’identifier des innovateurs à travers toute l’Afrique, de reconnaitre leur multiplicité et d’honorer les meilleures innovations. Ceci a aussi été l’opportunité de créer un réseau de promoteurs d’innovations à travers l’Afrique. L’équipe PIA travaille désormais également à l’accompagnement aux innovateurs s’étant démarqués et au renforcement du réseau des promoteurs d’innovation. Le deuxième programme a été lancé en 2012, il s’agit d’une Bibliothèque électronique de Droit Africain et de Gouvernance (African Law Library, ALL). Le climat des affaires pour l’entrepreneuriat est un élément central du développement de l’entreprise et des innovations en Afrique. En tant que fondation, notre rôle dans ce domaine est de faciliter l’émergence d’une façon innovatrice d’approcher la gouvernance. ALL s’articule autour d’une plateforme électronique permettant l’accès libre et gratuit à un répertoire d’informations légales africaines. Nous offrons une alternative résolument panafricaine qu’aucun gouvernement n’aurait pu créer seul. Finalement le Programme d’Impact Social en Angola (Social Impact Program in Angola, SIPA) lancé en 2014 soutient des organisations de la société civile et le secteur privé en combinant l’expertise et soutenant le démarrage d’innovations sociales. Les 12 projets soutenus à travers SIPA introduisent en Angola une innovation dans l’approche mais répondent surtout à des problèmes concrets et pas forcément nouveaux. AIF est donc actif dans trois domaines : innovation et technologie par un soutien aux innovateurs, la préservation et le développement du droit et gouvernance et l’impact social. Ces trois domaines sont au cœur de ce que l’on considère important pour catalyser l’esprit d’innovation en Afrique.

En tant qu’organisateur du prix de l’innovation pour l’Afrique, quels sont les secteurs et les pays où l’innovation est la plus visible sur le continent ?

Le PIA est axé sur 5 secteurs, la répartition des applications selon les secteurs pendant les 5 dernières éditions est la suivante : TIC (32%) ; environnement, énergie, eau (19%) ; agriculture (17%) ; Santé, bien-être (16%) ; Industrie Manufacturière et services (11%) ; Autre (6%). En outre ces 5 pays représentent 42% des candidatures au PIA : Nigeria, Kenya, Afrique du Sud, Cameroun et Maroc. Puis suit un groupe de 10 pays ayant soumis au moins 100 applications : Angola, Côte d’Ivoire, Egypte, Ethiopie, Ghana, Rwanda, Sénégal, Tanzanie, Uganda.

Quelles différences percevez-vous entre les pays anglophones, francophones et lusophones ?

Nous avons généralement plus de difficultés à mobiliser des candidatures de pays francophones et lusophones, malgré des efforts (équipe et processus trilingues, rotation de l’évènement). D’expérience, nous constatons une mentalité de compétition plus poussée dans les pays anglophones et l’existence plus établie d’institutions qui soutiennent le tissu entrepreneurial. Nous voyons des innovations hubs émerger à travers toute l’Afrique mais avec un ancrage clairement plus fort en Afrique anglophone. Il faut également relever que nous avons quelques 6 gagnants du Prix (sur 14) qui sont francophones ou d’Afrique du Nord.

Combien de candidatures avez-vous déjà enregistrées depuis le début du PIA ? Que sont devenus les vainqueurs ? Les accompagnez-vous dans leurs projets ?

Nous avons reçu autour de 6000 dossiers d’application venant de 50 pays africains. Tous les lauréats du PIA ont signalé des changements positifs dans leurs innovations/entreprises. Oui nous les accompagnons dans leurs projets. Depuis l’année passée, nous allouons des ressources non seulement aux gagnants du prix, mais aussi à chacun des 10 finalistes pour les soutenir dans l’accès au soutien professionnel et nous organisons des séances de formation pour ces mêmes finalistes autour de l’événement annuel du PIA. Nous sommes en train de lever des fonds pour permettre d’offrir plus. J’aimerais aussi mentionner que l’appel à candidatures pour le PIA 2017 est ouvert maintenant et la date limite pour soumettre les candidatures est le 3 Janvier 2017.

Quel regard portez-vous sur l’entreprenariat et l’innovation au niveau africain ? Quels sont les problèmes qui se posent et quelles peuvent être les améliorations ?

Les entrepreneurs font face à de multiples défis : Coût du capital élevé et disponibilité basse ; Cadre des affaires peu favorable ; Marchés imparfaits et très peu intégrés ; Compétences sur le marché du travail peu adaptées. Par contre un facteur pousse en faveur de l’innovation : la nécessité. Contrairement à l’Europe, il y a peu de positions sur le marché du travail qui offrent intérêt professionnel et perspectives de carrière, donc les Africains ont de fait plus d’opportunités dans la création d’entreprise.


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