Portrait

Doreen Mashika, créatrice emblématique de Zanzibar

Par Anna Jagiello le 4 Mai 2017


Amoureuse de sa terre natale et de son savoir-faire, Doreen Mashika, première styliste de Zanzibar, ouvre les portes de sa boutique-showroom pour dévoiler à Forbes Afrique les secrets de sa successstor(e)-y.  



Dans le dédale pittoresque de Stonetown, où s'étendent toutes sortes d'échoppes, tantôt décorées de tissus africains, tantôt d'objets artisanaux en bois, une enseigne singulière habillée des initiales D.M. attire notre regard.Comme invité à un vernissage, on entre dans une boutique soignée pour y découvrir une exposition de vêtements et d'accessoires féminins haute en couleur. On y aperçoit un mélange audacieux de par le lien qu'il brode entre tradition et modernité. Doreen Mashika, la maitresse des lieux, revisite le khanga, étoffe en coton imprimé d'Afrique de l'est, la wax et la shuka, tissu massai, en leur donnant une définition occidentale. Ses créations s’adaptent au vestiaire d’une clientèle prestigieuse. C'est au travers de pièces métissées qui conjuguent ses racines africaines et ses voyages en Occident, que Doreen nous raconte son histoire.

De la Suisse à Zanzibar

Née à Dar es Salaam, principal foyer économique de la Tanzanie, Doreen Mashika s'envole pour la Confédération helvétique, où elle réside de nombreuses années. Elle y poursuit ses études et débute sa carrière au sein d'une grande société de finance spécialisée dans les produits de luxe.Cette expérience professionnelle lui permet de nouer un premier contact avec le secteur de la mode et de comprendre les multiples facettes du métier. Prenant goût à cet univers, elle commence par vendre des accessoires et de fil en aiguille, tisse sa destinée en imaginant sa marque éponyme. Nourrie par un désir profond de promouvoir la richesse de l'artisanat tanzanien et d'ouvrir des possibilités au design africain, elle décide en 2006 de revenir dans son pays natal après la naissance de sa fille Nia, dont le prénom signifie « volonté » en swahili, ce qui reflète le caractère ambitieux de la jeune entrepreneuse. Accompagnée de sa famille, elle pose son drapeau sur l'île de Zanzibar. Au confluent des mondes, l'archipel offre un kaléidoscope de cultures et lui font sentir comme si c'était ici l’endroit où l'histoire de la mode devait se poursuivre.Avec un investissement de 170.000 dollars, elle fonde son entreprise et lance ses collections. Quelques années plus tard, le nom de Doreen résonne non seulement dans la capitale zanzibarite mais également sur les podiums de mode mondialement réputés.

Une renommée internationale

Elu en 2011 par le magazine Vogue « magasin préféré de Zanzibar », ses pièces aux accents uniques lui valent de nombreux prix; Accessory Designer 2012 à la Mercedes Benz FashionWeek en Afrique du Sud, même titre à la Swahili FashionWeek 2013 et lauréate de l’African Designer For Tomorrow en 2014. Elle participe également au Salon Vogue lors de la Berlin FashionWeek en 2015 qui lui permet de rajouter une corde à son arc en collaborant avec EBay. Elle s’est ainsi frayée une place sur la scène internationale en présentant notamment sa collection sur le site de la marque américaine : Anthropologie (grande soeur du groupe Urban Outfitters). De plus, son style sophistiqué a séduit la politique américaine; l'ancienne First Lady, Michelle Obama, possède l’un de ses sacs à main mais plus encore, elle lui a envoyé une lettre de soutien quant à son initiative sociale.
 

Doreen Mashika, créatrice emblématique de Zanzibar

Une mode éthique

En effet, Doreen Mashika s’associe avec des coopératives de femmes dans les villages locaux pour confectionner ses pièces à la main. Son travail contribue à l'émancipation de la femme tout en valorisant le potentiel d’un savoir-faire artisanal. Par ailleurs, elle établit des relations étroites avec ses collaborateurs et met un point d’honneur à verser des salaires décents et à offrir des conditions de travail saines. En adoptant une stratégie d’intégration verticale, elle suit à la loupe toutes les étapes du processus de production, en se préoccupant notamment de connaître l’origine de ses matières premières. Des efforts qui  justifient en grande partie les prix de ses créations, qui vont de 70 à 400 dollars.

Ses aspirations

Malgré les difficultés socio-économiques encore tenaces en Tanzanie, la jeune designer fait partie de cette génération talentueuse qui apporte une fraîcheur à l’entreprenariat, qui plus est, féminin. En créant son label, Doreen Mashika Zanzibar (DMZ), première marque de mode enregistrée au Ministère de l’Information de l’île, elle se veut un exemple et souhaite améliorer la vie de sa communauté.
 
Dans cette lancée, elle nourrit l’espoir de créer un jour des écoles de stylisme pour enseigner le savoir-faire technique. Toutefois, elle déplore le peu de soutien de la part du gouvernement, qui somnole face à l’industrie de la mode. Cependant, avec l’arrivée de cette jeunesse désireuse de se lancer sur le marché international et de plus en plus consciente des enjeux technologiques, un certain dynamisme façonne le paysage tanzanien ouvrant une fenêtre à de nouvelles opportunités. Pour preuve, la marque déménagera bientôt dans une maison de la mode d’une superficie de 240 m2 qui réunira des créateurs et présentera les meilleurs produits du continent africain, notamment en ligne.
 
Dotée d’une personnalité volontaire qui s’inscrit dans la mouvance “the futur is female”, son succès représente une source d’inspiration. Durabilité, simplicité et identité s'expriment telle une devise sur ses étoffes, comme le veut la tradition du khanga. Il est dit que les vêtements reflètent nos pensées et s'imprègnent de notre caractère. A cette aune, Doreen Mashika est une marque engagée, qui rayonne tout en élégance.



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