Rédigée le 31 Octobre 2017

Dans Macron, il y a Mao !


Numéro 48, daté Octobre 2017.
Numéro 48, daté Octobre 2017.
Le jeune nouveau président français a abordé l’Afrique comme tous ses prédécesseurs. Pour le premier voyage, il chausse les bottes «hollando-napoléoniennes» et s’en va visiter son armée en campagne du Mali. Puis sarkozien, il déclare que le problème africain est civilisationnel.
    Loin de la réalité des chiffres – continent à la plus faible densité démographique, baisse significative des naissances dans les jeunes générations –, il fustige, comme jadis Chirac avec les odeurs et les allocations des smalas d’immigrés, la fécondité outrancière de l’Africaine. Comme à sa triste habitude, la gent africaine, de l’intellectuel à l’allumé du Net, hurle au loup. Qui m’expliquera jamais ce dolorisme? Le tigre ne crie pas sa tigritude. De nouveau sarkozien, via la parodie, Macron interpelle : «Le franc CFA, on l’aime ou on le quitte!» Et nous disons chiche! Mais Macron, cela n’aura échappé à personne, n’est pas le président de l’Afrique. Qu’importe s’il la connaît mal. Alors, si nihil novi sub sole africana, il fait la révolution dans son pays. Et c’est ce qui compte.
    Sarkozy en a rêvé. Mais soûlé à la vieille école, il a usé des procédés de forban – quelques débauchages mesquins –, au lieu de former un exécutif d’union nationale. Le vieux clivage gauche droite, la France n’en veut plus. Le déclin de cette lecture de la démocratie est si évident qu’il faut se forcer pour y croire encore. Macron sait que «la France en faillite» (dixit Fillon) a besoin de tous ses enfants!; que les alternances négatives – on n’élit plus le président, on vire le sortant – avec la désaffection croissante des urnes – lui-même a été élu par moins d’un Français sur quatre – ne seront jamais une solution. Alors, il adoptera le modèle… chinois! Eh oui! Un parti où tous les courants se retrouvent et oeuvrent au redressement du pays. Ce qu’un élu de l’opposition a judicieusement appelé «parti unique démocratique». Pendant cinq ans, la moitié de la France deviendrait mécaniquement inapte parce qu’elle a perdu l’élection présidentielle!
    Africains, observez cette Europe. Après des siècles de guerres : celle de cent ans, celles mondiales, après des génocides!; après 500 ans à créer l’UE, la plus belle idée depuis la Renaissance, elle est lâchée par la perfide Albion sur un coup de tête. Voyez ce modèle qui ne croit plus en lui-même, car il suffit que trois tondus et deux pelés descendent dans la rue pour que le président abandonne le projet pour lequel on l’a élu. Démocratiquement! Est-ce encore la démocratie, quand l’Oncle Sam met au pouvoir celui qui a récolté le moins de voix ; quand Marianne donne deux tiers de l’assemblée (350 députés) à un parti qui a un tiers des électeurs, 40 élus à celui-là avec ses 8 % de voix et 8 députés (1,3 %) à celui qui a eu plus de… 20 % de voix? Africains, vous avez le choix entre ce modèle et le chinois, mieux adapté aux pays neufs. Difficile de penser qu’il soit mauvais quand, en 2013, le Centre américain de recherches Pew Survey affirmait que 85 % des Chinois sont «très satisfaits» de leur système!; 31 % des Américains le sont du leur. Les peuples n’ont-ils pas dit leur choix? L’Afrique doit inventer son modèle, en tenant compte de l’histoire, de l’état de maturité des peuples, des enjeux auxquels elle doit faire face. Ce processus a un nom : renaissance. Mais je ne viens point ici avec des dogmes. Fanonien, j’interroge.
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