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Créer son entreprise : avoir un co-fondateur à ses côtés, fardeau ou chance ?

Par Harley McKenson le 23 Janvier 2017


Porter un projet entrepreneurial à plusieurs, une logique qui à autant d’avantages que d’inconvénients.



A l’heure de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale, la question revient souvent, lancinante : est-il préférable de le faire en solo ou accompagné ? Être seul maître à bord ne garantit en effet pas toujours un fonctionnement plus efficient ou un meilleur résultat. Les entrepreneurs ne disposent en effet pas toujours de l’expérience, des connaissances et des compétences requises pour démarrer leur start-up.
 
Dans ces conditions, il est aisé de comprendre l’attrait d’avoir à ses côtés un co-fondateur : frais partagés, complémentarité des compétences, apport d’idées…. Pourtant, nombre d’études le prouvent, la probabilité de conflits au sein de l’entreprise est plus élevée lorsque le pouvoir est partagé entre plusieurs partenaires. Sans parler du processus de prise de décisions, plus lent que dans une configuration de gestion « en solo ». Les travaux du professeur Noam Wasserman au sein de la Harvard Business School relèvent ainsi que 65 % des défaillances d’entreprises sont dus à des problèmes au sein de l’équipe dirigeante. Des données qui pourraient probablement être extrapolées à l’Afrique.
 
 
 « Le fait d’avoir une assemblée de 10 cofondateurs engendre parfois des problèmes de lenteur dans la prise et la mise en œuvre des décisions. » reconnait Obin Guiako, un des associés de BabyLab, un laboratoire axé sur le numérique à Abidjan, tout en soulignant au passage qu’un entrepreneur ne peut prendre les bonnes décisions sans recevoir de conseils ou recommandations émanant d’un partenaire en affaires à l’intérieur de la société.
 
Serge Bushiri, co-fondateur de Sunset Montain Trader(S.M.T), une entreprise de BTP implantée à Lubumbashi en RDC, constate pour sa part que « quand des co-fondateurs ne s’impliquent pas de façon optimale au sein de l’entreprise et ne développent pas un sens de l'équipe et du collectif, le risque d’échec est forcément élevé ».

"Les décisions à prendre de manière collégiale sous la conduite des co-fondateurs présentent bien des avantages, à condition que ces derniers, partagent la même passion et les mêmes convictions."
 

De manière générale, les porteurs de projet ont fréquemment tendance à choisir un proche, un ami ou une connaissance comme co-fondateur. Un choix de proximité qui peut parfois rendre difficile la séparation entre les rapports amicaux ou familiaux et les nécessités propres à la sphère professionnelle. L’enjeu est pourtant de taille : dans certains cas, il s’agit de trancher sur des questions relevant directement de la pérennité de l’entreprise.
 
Pourtant, nombre d’entrepreneurs du continent estiment que la solution collégiale, sous la conduite des co-fondateurs, est au final plus avantageuse. Seule condition : partager la même passion et les mêmes convictions, en valoriseant la prise de risque et en affichant une volonté commune d’inscrire le projet dans une perspective à long terme. C’est notamment l’avis de Vidjinnangni Grégory Thoto, co-fondateur de First Rank Group-Africa, une société implantée au Bénin spécialisée dans la production et gestion de contenu web :
 
« Le fait que on co-fondateur et moi sommes des amis d'enfance ne compliquent pas les choses. Nous avons grandi ensemble et nous nous sommes rendus compte que nous partagions la même vision et que nous étions capables de grandes choses si nous conjuguions nos efforts. »
 
Thierry Ido Wallon, co-fondateur de FramiTech, une entreprise basée à Abidjan et active dans le traitement de l’amidon de manioc, abonde dans le même sens. « Avoir plusieurs co-fondateurs permet de déléguer, de réunir des compétences pluridisciplinaires et de voter en assemblée en tenant compte des débats et des réflexions sur plusieurs points de vue. Concernant les conflits qui peuvent en découler, je parlerai plutôt de désaccords constructifs », explique le chef d’entreprise,  qui connaît assurément son sujet : deux amis d’enfance et un de ses frères travaillent à ses côtés.
 
De surcroit, les clients, les fournisseurs et les autres interlocuteurs d’une entreprise sont rassurés par le fait que l’un des co-fondateurs assure la continuité de l’activité en toutes circonstances en cas de vacance du poste occupé par son autre associé. Un avis partagé par une majorité d’investisseurs, qui seront souvent attentifs à ce point, dans leur phase d’évaluation de potentielles prises de participation.

A lire également : Start-up : réussir son oral devant des investisseurs

L'histoire montre en tous les cas qu’une équipe constituée de co-fondateurs peut fonctionner à merveille, au point de transformer leur entreprise en véritable géant dans leur secteur d’activité : Sergei Brin et Larry Page(Google), Bill Gates et Paul Allen (Microsoft), Steve Wozniak et Steve Jobs (Apple)…
 
Pendant que l’un s’occupait du business sous son aspect stratégique, marketing et commercial, l’autre se focalisait sur la recherche, l'innovation et le développement. A l’inverse, deux têtes ne valent pas toujours mieux qu'une, suivant les circonstances propres à chaque aventure entrepreneuriale et les parcours d’opérateurs à succès tels que le Nigérian Aliko Dangote, première fortune du continent africain, prouve si besoin en était que la réussite entrepreneuriale peut parfaitement se conjuguer au singulier.


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