Concours pour entrepreneurs : une stratégie gagnante pour booster sa start-up ?

Est-il judicieux de postuler à un concours quand on est porteur d’un projet ambitieux et en quête de financements ? D’anciens lauréats témoignent.


Concours pour entrepreneurs : une stratégie gagnante pour booster sa start-up ?
Phénomène récent, les évènements autour de l’entrepreneuriat sont de plus en plus fréquents sur le continent : concours à la création d’entreprise en phase de pré-démarrage, prix de la meilleure start-up de l’année, trophée de la jeune pousse innovante… Certains y voient un véritable accélérateur de croissance. D’autres, beaucoup plus sceptiques, considèrent ces évènements comme un moyen peu honorable pour les organisateurs de promouvoir leur propre structure au détriment des candidats.
 
Alors, mirages ou opportunités ? La plupart des observateurs interrogés s’accordent en tous les cas à dire que ces compétitions apportent une solution alternative aux banques, jugées trop frileuses pour accorder des crédits. Surtout lorsque les projets requièrent des investissements lourds, rentabilisables uniquement sur le long terme.

Tremplin

Sanoussi Diakité, chercheur sénégalais en agroalimentaire et lauréat de l’édition 2013 du Prix de l'innovation pour l'Afrique (PIA), explique ainsi que «[son] prix [lui] a permis de conduire les tests et l'adaptation d'une technologie sur le fauchage mécanique du fonio ». Dotée d’une somme totale de 150.000 dollars, la « Rolls Royce » des compétitions africaines suscite chaque année un intérêt grandissant auprès des porteurs de projet à la recherche de financement partout sur le continent.
 
Même son de cloche chez Mariane Megne, fondatrice de NewFrame, une société qui conçoit des applications mobiles. Cette ingénieure camerounaise est issue de la première promotion du programme TEEP (Tony Elumelu Entrepreneurship Program), établi en 2015 grâce à l’initiative du milliardaire nigérian du même nom. « Au terme d’un Bootcamp au Nigeria, j’ai bénéficié d’un appui financier de 5,000 $, qui m’a servi de capital d'amorçage pour démarrer mon entreprise », se souvient-elle.
 
Quant à Mohamed Lamine Bakayoko, qui a remporté 10 millions de francs CFA (15200 euros) lors de l’édition 2015 de CGECI-Academy en Côte d’Ivoire, il souligne la place centrale des concours dans l’écosystème entrepreneurial. « Les prix décernés constituent de véritables airbags pour nous PME, dont les trésoreries sont toujours très limitées », rappelle ainsi ce dirigeant d’une PME spécialisée dans la torréfaction du café.

Promesses non tenues

Tout n’est pas rose pour autant. Dans certains cas, des gagnants de concours n’ont jamais vu la couleur de leur trophée ou se sont vu remettre les sommes promises bien après la date initialement fixée. Christian Mwijage, fondateur de EcoAct Tanzania et vainqueur d’un concours qui s’est déroulé cet été, en a fait l'amère expérience. « J’attends toujours mon chèque, et je dois acheter en urgence des machines pour mon usine », s’était-il confié il y a quelques mois. 
 
Dans l’ensemble toutefois, les entrepreneurs candidats reconnaissent que les concours donnent souvent l’occasion de rencontrer des contacts prestigieux, susceptibles d’investir dans leur projet avec des sommes plus conséquentes. Sans parler de la visibilité renforcée auprès des médias. Un avantage appréciable que confirme Mariane Megne pour qui « la couverture médiatique engendrée par le programme TTEP [lui] a permis d’élargir [sa]  clientèle et d’attirer un solide réseau d’investisseurs ».
 
Le prix « She for Africa », décerné par le concours ABC Innovation lors de l’édition 2016 à Paris, a pour sa part offert à Marie-Clarisse Bonzia, fondatrice de « Chic-Kwanga », la possibilité d’être interviewée par Radio France internationale (RFI) et d’avoir son portrait dressé dans le magazine féminin francophone Amina. Un véritable coup d'accélérateur pour le projet de cette mère congolaise de deux enfants qui affirme qu’il lui est aujourd’hui proposé « d’exporter [son] concept aux Etats-Unis, et d’ouvrir [son]  capital à des investisseurs potentiels ».
 
Et même si tous les candidats ne peuvent prétendre à de telles retombées positives, la simple participation aux concours à la création d’entreprise permet souvent d’obtenir un retour constructif sur les éventuelles défaillances rencontrées dans l'exécution de leur projet et d’apporter les actions correctives appropriées. En somme, ces compétitions aident les entrepreneurs à pérenniser leur activité, indépendamment de toute considération d’ordre financier ou médiatique.

Harley McKenson
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