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Christian Kamayou, fondateur de MyAfricanStartUp

Par Patrick Ndungidi le 9 Mars 2017


Christian Kamayou est le fondateur de MyAfricanStartUp, la première plateforme africaine qui facilite la mise en relation des startups avec le grand public et les médias. Il vient de publier le palmarès des 100 startups africaines les plus prometteuses, qui paraîtra dans notre édition papier d’avril 2017. Entretien.



Vous venez de publier le palmarès des 100 meilleures startups africaines. Pourriez-vous nous expliquer comment en êtes-vous arrivé à publier ce palmarès ?

Christian Kamayou : Ce palmarès annuel de 100 startups africaines, disponible sur le site MyAfricanStartUp.com, est un outil pour faire gagner du temps aux investisseurs, et apporter une réponse à un problème de fond : comment peut-on drainer massivement des capitaux vers des startups africaines si celles-ci manquent de visibilité non seulement dans leurs pays respectifs, en Afrique et à l’international. Mon ambition avec MyAfricanStartUp est de booster le secteur privé Africain à travers la promotion de ses startups innovantes. Ce palmarès annuel est une initiative inédite en Afrique, qui présente donc ce continent sous un angle jeune et innovant. D’autres projets sont en cours pour remplir cette mission.

Qu’est-ce qui, selon vous, confère de la légitimité à ce palmarès ?

C.K. : En premier lieu, MyAfricanStartUp s’est appuyée sur le soutien de la Banque Africaine de Développement  ainsi que sur la participation du centre d’entrepreneuriat d’HEC Paris pour définir une méthodologie et des critères de sélection. Cet établissement d’enseignement, dont je suis un des diplômés, est mondialement reconnue pour ses formations au management et à l’entrepreneuriat. MyAfricanStartUp a ensuite formé un jury d’experts dans leurs domaines, très impliqués en Afrique et pouvant apporter un regard différent, complémentaire sur chaque startup présélectionnée. Le Jury était composé de représentants d’HEC Paris, Le cabinet d’avocat Orrick, l’investisseur Emerging Capital Partners, 35°Nord agence de communication spécialisée sur l’Afrique, deux grands groupes internationaux CFAO et Air France ont mobilisé leurs équipes, LelapaFund , spécialiste du crowdfunding et Ashley Lewis de nationalité Américaine, consultante en Impact Investement ont complété le dispositif. Il s’agissait d’avoir un regard croisé pour sélectionner 100 belles sociétés.

La majorité des start-up présentes dans votre sélection est issue à plus de 70 % des pays anglophones. Qu’est-ce qui manque aux pays francophones pour booster leur écosystème numérique ?

C.K. : Il y a à l’évidence un déséquilibre au niveau des infrastructure dans ces deux zones. Les pays anglophones se sont mieux préparés à la transition numérique.  Il manque aussi un vrai écosystème entrepreneurial et d’accompagnement à la création d’entreprise.  Il manque davantage de financement, car on observe que le capital-risque s’oriente plutôt vers les pays anglophones. Il manque surtout une politique volontariste pour accompagner tout cela. Comparez le nombre d’incubateurs dans les deux zones, et vous comprendrez. Le Rwanda, par exemple a mis en œuvre un fond de 100 millions de dollars pour assister les startups du pays. Ceci démontre que le degré d’engagement d’un pays sur ces questions n’est pas proportionnel à la taille du pays, sa population ou sa richesse nationale.

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Avez-vous rencontré les initiateurs de toutes les start-ups reprises dans le palmarès ? Qu’ont-ils pensé de votre initiative et Quelles sont leurs attentes par rapport à celle-ci ?

C.K. : Une partie d’entre eux a été rencontrée, soit par moi ou les autres personnes qui ont travaillé activement à la réussite de ce projet. Durant les 2 derniers mois, je me suis déplacé au Mali, en RDC, en Guinée, au Cap vert, en Gambie, au Sénégal, pour les besoins de la préparation du palmarès de l’année 2018.   Les fondateurs de startups ont compris la portée symbolique du chiffre 100. Avoir été sélectionné n’est pas un gage de succès. Ne pas avoir été sélectionné n’est certainement pas un obstacle pour réussir mieux que ceux de cette sélection. Ce palmarès est une photographie à un instant T. Dans le milieu des startups, tout va très vite.  Le succès n’est jamais garanti en entrepreneuriat, même si vous avez le budget pour y arriver. Ils ont également compris qu’il s’agit surtout d’un outil efficace mis à la disposition de ceux qui les cherchent afin qu’ils puissent les trouver.

Qu’est-ce qui, selon vous, pourrait pousser des hommes d’affaires ou investisseurs africains et étrangers à investir dans ces startups ?

C.K. : Dans cette sélection de 100 startups africaines, ce sont des africains qui inventent eux-mêmes et créent les services de demain, ceux du futur, ceux dont ils auront besoin. Il s’agit d’innovations adaptées aux besoins locaux et donc avec un gisement d’opportunités de marché. C’est ce qui devrait intéresser les investisseurs. Ensuite, le sérieux de notre démarche de présélection et la qualité de notre jury rassurent. Le critère de sélection de cette première promotion d’entrepreneurs n’a pas été centrée principalement sur le business plan. MyAfricanStartup est appréciée car elle offre la possibilité aux investisseurs de gagner du temps pour une prise de décision en bénéficiant, grâce à nous, d’investigations plus poussées, d’audit et diverses due diligence.  Un investisseur est souvent très sollicité et n’a pas beaucoup de temps.

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Lui en faire gagner devient utile pour lui et également pour la startup. L’Afrique est le continent de l’avenir, très dynamique, jeune, créatif, avec un potentiel économique indéniable. Beaucoup de choses y sont à créer. C’est donc une zone sur laquelle il faut miser, à condition d’être guidé. Pour les investisseurs, MyAfricanStartup est un canal d’aide à la prise de décision. Nous sommes sur le terrain, aux côtés des startups. Les investisseurs peuvent s’appuyer sur nous en nous indiquant leurs critères de choix, et nous nous chargeons de trouver les pépites qu’ils recherchent en Afrique. Sur le continent, nous avons quelques entrepreneurs emblématiques et à succès, à l'instar du nigérian Tony Elumelu, qui donnent un coup de pouce aux entrepreneurs en phase de démarrage. A l’échelle d'un continent pour avoir encore plus d'impact, il faudrait des centaines de Tony Elumelu !  Son initiative, très louable est philanthropique, la nôtre est complémentaire et consiste plutôt à accompagner les investisseurs en attente d'un retour sur investissement.


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