Rédigée le 3 Mai 2017

C’est quoi être un pays émergent ?

L’Afrique est engagée dans la bataille pour accéder à l’émergence. La Conférence internationale sur l’émergence de l’Afrique qui s’est tenue en mars dernier à Abidjan en présence de plusieurs chefs d’Etat a donné l’occasion à des experts, des responsables politiques, des chefs d’entreprise, des membres de la société civile de débattre sur ce grand thème. Une grande idée qui selon nombre des participants serait en train de se concrétiser dans plusieurs pays.


En soixante années d’indépendance, l’Afrique a connu beaucoup de plans, de programme, de projets économiques qui devaient être autant de thèmes mobilisateurs pour la sortir de la pauvreté, du sous-développement et la propulser dans une ère de prospérité. Décollage économique, développement autocentré, développement durable, croissance inclusive et j’en passe. Aujourd’hui la nouvelle marotte est celle de l’émergence. Le constat est clair: tous ont été des échecs, car l’Afrique n’a toujours pas décollé, elle est toujours pauvre et continue de chercher la voie du salut.
    L’émergence aura-t-elle plus de succès? On peut en douter. Mais qu’est-ce que l’émergence? «Ce n’est pas un slogan», a titré à la «une» notre confrère Financial Afrik, dans une édition consacrée à ce thème. «Ce n’est pas une destination», a indiqué un expert, comme pour excuser par avance les retards à peu près garantis qu’accuseront nos Etats, au rendez-vous dont ils ont eux-mêmes fixé l’échéance. L’économiste sénégalais Moustapha Kassé en donne une définition minimaliste. Pour lui, c’est «l’élaboration d’une vision stratégique globale et l’adoption de politiques publiques pertinentes et effiŠcaces qui rendent la croissance soutenable et durable».
    Dans un document réalisé par le PNUD, intitulé «Projet régional pour l’émergence de l’Afrique», la seule idée générique qui puisse tenir lieu de définition est que «le développement doit se comprendre dans la perspective de l’émergence, en veillant à ce qu’il soit plus humain, plus inclusif et plus durable.» Le cabinet de Conseil Performance, qui conseille plusieurs pays africains sur leur stratégie d’émergence, la définit comme «un processus accéléré d’accumulation de capital physique et financier, de renforcement du capital humain et institutionnel, d’amélioration des termes de l’échange et des conditions de vie des populations de pays intermédiaires et inférieurs». Toutes ces définitions restent théoriques et diŠfficiles à visualiser. Car comment vendre l’émergence aux populations, aux communautés, aux «forces vives de la nation» pour qu’elles y croient, y adhèrent, en fasse leur a’aire, et en soient elles-mêmes les agents de sa promotion.
    Pour nous permettre de voir plus simplement ce qu’est cette émergence, la question pourrait être: quels sont les pays considérés comme émergents aujourd’hui? Quels sont les critères à remplir pour être qualifié comme tel? Et alors, quels sont les pays africains engagés dans cette course qui pourraient dans les prochaines années remplir les conditions pour accéder à ce statut d’émergent. Les «dragons» asiatiques, Singapour, Corée du Sud, Malaisie, Thaïlande, sont cités comme pays émergents. Bien-être (santé, éducation), vitalité et prospérité économique, consensus sur les institutions les qualifient.
    La Côte d’Ivoire, qui a fixé son cap en 2020, ne sera certainement pas arrivé au niveau des dragons à cette date. Le Gabon qui a fixé son rendez-vous à 2025, lui non plus, n’y sera pas. Même le Rwanda qui est cité en exemple, n’en aura pas fini avec la pauvreté et le sous-développement. Bref, nous n’émergerons certainement pas bientôt pour nous hisser au niveau de ces pays-là. Reste toutefois que si nos pays s’obligent à la discipline, à la rigueur et adoptent le logiciel nouveau qu’exige cette quête de la prospérité, alors ils peuvent ouvrir un nouvel horizon pour le continent.
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