Rédigée le 3 Mars 2017

Bourses africaines : ce que ne dit pas le classement

De la quatrième édition Forbes Afrique consacrée aux cent plus grandes capitalisations boursières du continent, on retiendra un chiffre : 1,5 %. C’est la part de la valorisation boursière africaine par rapport au reste du monde ; un ordre de grandeur en deçà du poids africain dans l’économie mondiale (3 %). Voilà ce que dit le classement. Mais ce qui nous intéresse ici est plutôt ce qu’il ne nous dit pas. Car, derrière la sécheresse des statistiques, comment expliquer ce retard boursier africain ?


« Trop peu de grandes sociétés cotées », diront nombre d’observateurs, et avec raison. Mais on parle là du symptôme et non de la cause. Or, parmi les multiples motifs qui peuvent expliquer la petitesse de la capitalisation boursière du continent, il en est un qui n’est que rarement évoqué: la réticence des Etats africains à céder leurs participations dans des sociétés considérées comme stratégiques. Au premier rang de ces actifs sensibles, les entreprises publiques pétrolières ou minières. Où sont par exemple la Gabon Oil Company, la Nigerian National Petroleum Corporation ou la Sonatrach algérienne ? Autant de géants boursiers potentiels, qui pourraient changer du tout au tout la taille actuelle de certaines places financières du continent. La petite place d’Alger (400 millions de dollars de valorisation cumulée) verrait ainsi sa capitalisation être multipliée par 100, d’un seul coup, si l’Etat décidait un jour d’introduire le géant des hydrocarbures Sonatrach à sa cote !
Idem pour la pétrolière Sonangol ou la minière Gécamines, présentes respectivement dans deux pays dépourvus de Bourse (Angola et RDC), mais qui pourraient demain être les fers de lance de nouvelles places financières nationales. Après tout, si une micronation de 80 000habitants comme les Seychelles dispose de sa Bourse, on ne voit pas pourquoi les géants congolais (80 millions d’habitants) et angolais (25 millions d’habitants) ne pourraient pas avoir la leur. Mais le veulent-ils vraiment ? Car pourquoi vouloir mettre sur le marché des « trésors nationaux » –vaches à lait de biens des régimes en place–, partager les profits et diluer le pouvoir décisionnel quand on peut lever des fonds par d’autres moyens (dette bancaire et émissions obligataires notamment) ? Là est la question. Aussi longtemps que ces symboles de la souveraineté nationale seront vus comme des chasses gardées des Etats, les places financières du continent auront du mal à décoller.
Paradoxalement pourtant, la période actuelle, faite de bas cours mondiaux pour les matières premières et d’un rehaussement progressif des taux d’intérêt, pourrait changer la donne. Acculés financièrement, nombre d’Etats africains producteurs de ressources primaires pourraient ainsi songer à céder une part de leurs actifs en Bourse, à l’image de ce qu’a décidé l’Arabie saoudite, début 2016, en planifiant la prochaine introduction en Bourse de la Saudi Aramco, la première société pétrolière de la planète (valorisée entre 2 000 et 3 000 milliards de dollars). Si cette hypothèse devait se confirmer, et si nécessité se faisait vraiment sentir, nul doute alors que la capitalisation boursière de nos 100reines de la cote africaine serait sensiblement augmentée au cours des prochaines années. Reste à voir si ce scénario résistera aux évolutions (favorables) de la conjoncture. Depuis les plus bas de début 2016, les cours du brut ont plus que doublé ! De quoi réfléchir à deux fois avant de vendre…
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