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Bourse de Nairobi : la bande des quatre

Par JACQUES LEROUEIL le 1 Septembre 2016


Première place financière d’Afrique de l’Est, Nairobi a vu émerger dans son sillage une classe de grands investisseurs nationaux. Parmi eux, les rois des marchés John Kibunga Kimani, Jimnah Mbaru, Amin Nanji Juma et Chris Kirubi. Cette bande incontournable a fait du Nairobi Securities Exchange son terrain de chasse attitré.



Pour la plupart des actionnaires de la place boursière de Nairobi, l’affaire est entendue. Ils ont connu de meilleurs jours qu’en 2015 (-11−% pour l’indice NASI). Mais, marché baissier ou pas, il reste l’essentiel : en dehors des barons de la cote sud-africaine (Allan Gray, Jannie Mouton), la Bourse de Nairobi est la seule place du continent à avoir vu émerger une classe d’individus à même de se bâtir des empires financiers grâce à la Bourse. Des opérateurs mi-investisseurs, mi-spéculateurs, qui profitent à plein de l’abondante liquidité de la première place financière d’Afrique de l’Est pour réaliser des allers-retours gagnants à très grande échelle. 
Une possibilité d’enrichissement encore rare. Portrait croisé de quatre de ces magnats financiers d’un nouveau genre, qui ont fait du Nairobi Securities Exchange (NSE) leur terrain de jeu favori. 
 

JOHN KIBUNGA KIMANI, DES AFFAIRES PUBLIQUES AU BUSINESS PRIVÉ

Longtemps au service de l’Etat, l’ancien fonctionnaire s’occupe désormais de la gestion de ses nombreux intérêts, dont beaucoup ont été acquis via d’adroites opérations d’accumulation de titres en Bourse au cours des dernières années. NMG (médias), Safaricom (télécoms), Kenya Re (assurance), East African Breweries (brasserie) et, surtout, Kakuzi (agribusiness), sa principale ligne de portefeuille (17 M de dollars de valorisation). Autant de sociétés cotées au NSE et qui ont rapporté gros à Kimani. Pour la seule année 2015, le cours du titre de l’entreprise agroalimentaire Kakuzi a ainsi progressé de 61 %, gonflant mécaniquement la participation de Kimani de plus de 6 M de dollars ! Au total, la valeur de toutes ses participations cotées est estimée à plus de 3 Mds de shillings (30 M de dollars) et devrait a priori continuer de progresser à long terme, malgré la méforme passagère de la place financière kényane en 2015. Le cas échéant, il pourra toujours chercher à maximiser la valeur des nombreux autres actifs non cotés (transport, construction) qu’il détient en parallèle… 

JIMNAH MBARU, LE BANQUIER D’AFFAIRES

A la tête de la banque d’investissement Dyer & Blair, Jimnah Mbaru est une figure respectée de l’establishment des a›aires kényan et un personnage incontournable dans les grandes opérations financières qui animent la place de Nairobi. Parmi ses principaux faits d’armes, son pari dans le groupe financier diversifié Britam (assurance, gestion d’actifs, immobilier, banque) est le plus osé. Une firme qui est devenue à coups d’acquisitions (Real Insurance, Acorn Group, Housing Finance…) et d’expansion régionale tous azimuts (Kenya, Rwanda, Ouganda…) l’une des valeurs les plus suivies de la Bourse de Nairobi. Mais aussi l’une des plus touchées par le récent bear market (marché baissier) kényan : le titre a perdu près de 60 % de sa valeur depuis son pic de septembre 2014 ! Il n’empêche, les 200 M d’actions Britam (24 M de dollars) possédées par Mbaru, aux côtés d’autres grands noms de la finance locale, valent toujours 40 % de plus qu’au moment de leur introduction en Bourse en 2011. Une belle a›aire de plus pour notre banquier, qui ne gagne cependant pas à tous les coups. Surtout lorsqu’il s’éloigne de la sphère financière. Il n’a terminé que 3e aux élections pour le poste de gouverneur de Nairobi en 2013.

AMIN NANJI JUMA, LE MILLIARDAIRE TAISEUX

Discret, voire secret sont des qualificatifs qui reviennent souvent lorsque les médias kényans évoquent l’homme d’a›aires Amin Nanji Juma. Une curiosité que goûte peu l’intéressé mais qui s’explique pourtant aisément−: dans l’univers des stars de la Bourse kényane, il est au firmament. Archétype de ces financiers qui traitent leurs opérations de grande ampleur sans publicité et sans en référer à personne, accumulant au gré des opportunités de lourdes positions sur telle ou telle valeur de la cote, Amin Nanji Juma a fait du temps son meilleur allié pour répliquer à l’échelle kényane ce que d’autres investisseurs (Warren Buffett, George Soros…) ont fait avant lui sous d’autres latitudes−: faire fortune en Bourse. Ses participations connues dans Nation Media Group, le premier groupe de médias d’Afrique de l’Est et la banque Diamond Trust représentent à elles seules un avoir de plus de 3 Mds de shillings (30 M$) et des dividendes annuels moyens de plus de 130 M de shillings (1,3 M$). De quoi vivre confortablement de ses revenus et poursuivre plus que jamais l’aventure boursière. 

CHRIS KIRUBI, LE FLAMBOYANT TYCOON

Aussi à l’aise dans les studios de sa radio Capital FM, où il donne régulièrement des conseils à ses nombreux auditeurs et fans, qu’en compagnie des dirigeants politiques 
et économiques du pays, qu’il rencontre fréquemment…, Chris Kirubi est LE parrain de la Bourse kényane : Safaricom, UAP Insurance, RVP, Kenya Airways... autant de sociétés dans le capital desquelles Kirubi s’est invité au cours des dernières années, et pour lesquelles il a su exploiter au mieux ses talents de market timer. La cession en janvier 2015 de sa participation dans UAP Insurance à Old Mutual lui a ainsi rapporté plus de 30 M de dollars. Le prix de la patience, après avoir détenu sa position pendant plus d’une décennie. Mais son plus beau coup est peut-être encore à venir avec le groupe financier Centum Investment, qui constitue aujourd’hui la grande majorité de ses avoirs cotés en Bourse. Avec une participation (29,9 % du capital) valorisée à plus de 9 Mds de shillings (90 M de dollars), qu’il a patiemment accumulée au fil des temporaires corrections boursières, et un titre qui a plus que triplé en trois ans, Kirubi conforte en tous les cas un peu plus sa réputation de Midas des marchés. 


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