Portrait

Bella Oden, chercheur et entrepreneur

Par Patrick Nelle le 27 Mars 2017


Le promoteur de Bellomar, une petite entreprise de transformation chimique installée à Douala, croit en la recherche-développement… Sa passion pour la chimie et ses travaux de recherche ininterrompus lui valent d’être sollicité par de nombreuses entreprises pour les accompagner dans leurs projets. Forbes Afrique s’intéresse à son parcours et ses projets.



« Créons ce qu'il nous manque »

Bella Oden ©Patrick Nelle
Bella Oden ©Patrick Nelle
Bellomar est né en 2002 au Cameroun sous la forme d’un Groupement d’initiative commune (GIC), un regroupement d’étudiants impatients d’entrer dans la vie active et tentés par l’aventure entrepreneuriale. La petite communauté a misé ses fonds propres. Quelques parents ont apporté leur soutien, et même des chefs de quartiers ont appuyé l’initiative en fournissant un local. Le groupe  se lance dans la fabrication de savon, de détergents, de produits d’entretien et d’huiles essentielles. Sous la direction de Martial Bella Oden, l’activité du GIC Bellomar se transforme en exercice pratique d’application des cours de chimie sur la fabrication du savon. L’équipe crée ses propres formulations : « Quand vous êtes un industriel et que vous achetez une ligne de production de 2 milliards de francs CFA, votre fournisseur vous livre les appareils avec ses recettes de fabrication, mais quand vous vous lancez avec de petits moyens vous devez créer vos propres formules de fabrication », souligne Oden Bella. Aujourd’hui Bellomar revendique 15 ans d’expérience en recherche développement et des dizaines de formules brevetables dans le domaine de la chimie industrielle.
L’entreprise fabrique des huiles essentielles à base d’épluchures d’oranges, produit de l’eau de javel et des détergents livrés dans les hôtels, les hôpitaux et les blanchisseries. Au lieu de les acheter systématiquement, il conçoit des machines quand celles-ci font défaut. Par exemple en 2014, il a mis au point un petit appareil lui permettant d’extraire des huiles essentielles de certaines plantes. Cet appareil qu’il a bâptisé « hydrodistillateur », il a pu le mettre au point grâce à un investisseur marocain qui lui aurait avancé 1500 euros, environ 1 millions de francs CFA. Toutefois les moyens manquent pour faire breveter ces procédés et ces inventions.

Un financement qui tourne mal

Le GIC obtient de véritables appuis financiers à partir de 2006. Un prêt consenti par le Piaasi (Programme intégré d’appui aux acteurs du secteur informel) est suivi quelques années plus tard en 2010 d’un crédit de 24 millions octroyé par le PAJER-U (Programme d’appui de la jeunesse rurale et urbaine). Mais l’aventure tourne mal…Petite anecdote. Pendant la phase de sélection et de révision des projets, l’expert du PAJER-U impose au promoteur d’acheter des cuves en inox en arguant que lors d’une visite des autorités, les cuves en plastique donneraient une mauvaise image. Dans sa demande de financement, le promoteur a pourtant précisé avoir besoin de fûts en plastique pour les réactions chimiques. Non seulement les cuves en inox coûtent plus cher, mais elles peuvent être endommagées par les produits chimiques qui y seront stockés. Devant l’insistance des cadres du ministère le GIC Bellomar finit par céder et accepte de commander des fûts métalliques : « On a été contraint d’accepter car c’est cet expert qui définissait les plans de décaissement pour le projet », se souvient Bella Oden. Une décision qui laissera un goût amer : les produits chimiques attaquent le métal et les cuves deviennent inutilisables à cause de la corrosion. L’entreprise perd l’essentiel de son matériel et toute sa capacité de production. Au bord du gouffre l’entreprise doit à la fois reconstituer son équipement et relancer la production, tout en supportant les charges du crédit de 24 millions.

Vendre son savoir faire

Pour survivre à la crise, Bella Oden se lance dans des activités de formation. A défaut de vendre ses produits d’entretien, il s’organise pour vendre son savoir-faire. Sa société intervient au Cameroun et dans divers pays pour conseiller des structures souhaitant se lancer dans des activités de transformation. Au Cameroun il a accompagné Biocaris et Phytorica qui produisent des savons bio. Au Tchad il a aidé Sahela à lancer sa production d’eau de javel. Il travaille actuellement avec Djibia SARL sur la création d’une huilerie. Au Burkina Faso il a loué ses services à Zorome qui fait du savon à partir de l’huile de coco et de karité. En 2015 Bella Oden est sollicité  en Guinée en pleine épidémie d’Ebola. Il vient aider une structure locale, Tinkisso Antenna, à mettre en place une usine de fabrication de solutions d’eau chlorée. Il s’envole pour Conakry. La production de la petite ONG passe du stade artisanal à plusieurs centaines de milliers de litres par mois. La structure emploie 120 personnes et s’est lancé dans la fabrication d’autres produits.

Une plateforme d’e-learning

Bella Oden travaille actuellement sur la mise en place d’une plateforme d’e-learning. La plateforme formera les porteurs d’initiative dans des secteurs comme la chimie ou encore l’agro-alimentaire et aussi la valorisation des déchets. Bellomar espère accompagner ainsi 30 000 personnes chaque année. Développer la chaîne de production d’eau de javel et créer un centre de formation dans le domaine des savons et détergents et créer un diplôme national dans ce domaine.


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