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Afrique subsaharienne : les trois priorités pour stimuler la croissance

Par Patrick Ndungidi le 13 Mai 2017


La croissance en Afrique subsaharienne est tombée à son plus bas niveau depuis plus de 20 ans. Une situation qui, selon le Fonds monétaire international, pourrait être significativement améliorée au moyen de trois mesures rigoureuses.



Dans son dernier rapport sur les perspectives économiques de l’Afrique subsaharienne, intitulé « Faire redémarrer la croissance », le Fonds monétaire international (FMI) indique que la croissance dans la région est tombée à 1,4 % en 2016, le taux le plus bas depuis 20 ans. Néanmoins, explique-t-on, elle devrait légèrement s’accélérer en 2017, à 2,6 %, bien qu’un certain nombre de pays, surtout en Afrique de l’Est et de l’Ouest, continuent d’enregistrer une croissance vigoureuse. Il s’agit notamment de pays comme le Sénégal et le Kenya, dont la croissance est toujours supérieure à 6 %. Face à ce recul, le FMI met en avant trois priorités pour faire redémarrer la croissance.  

La première priorité est de mettre de nouveau l’accent sur la stabilité macroéconomique afin d’ouvrir la voie à une accélération de la croissance. Pour les pays les plus durement touchés, explique-t-on, il reste urgent d’assainir les finances publiques pour mettre fin à la baisse des réserves de change et compenser ainsi les pertes de recettes budgétaires, surtout dans les pays de la CEMAC. En outre, note l’institution de Bretton Woods, là où c’est possible, l’assouplissement du taux de change et l’élimination des restrictions de change seront importants pour absorber le choc en partie. « Pour les pays où la croissance reste vigoureuse, il sera important de s’attaquer aux nouvelles sources de vulnérabilité en s’appuyant sur des bases solides », note ainsi le rapport.

La deuxième priorité, proposée par le FMI aux pays d’Afrique subsaharienne, est de s’attaquer aux faiblesses structurelles pour favoriser le rééquilibrage macroéconomique. A cet effet, précise-t-on, des mesures structurelles sont nécessaires pour assurer une position budgétaire viable et réaliser une croissance plus durable en améliorant le recouvrement des impôts, en renforçant le contrôle du secteur financier et en s’attaquant aux lacunes du climat des affaires qui entravent depuis longtemps la diversification économique.

La troisième priorité, selon le FMI, est de renforcer la protection sociale pour les groupes les plus vulnérables. Pour l’institution financière, la combinaison actuelle d’une croissance faible et de déséquilibres macroéconomiques qui s’aggravent risque d’annuler les progrès accomplis récemment dans la lutte contre la pauvreté. « Les programmes existants de protection sociale sont souvent fragmentés et mal ciblés, et ne touchent qu’une petite partie de la population. Le rapport propose d’utiliser les économies réalisées sur de vastes programmes mal ciblés tels que les subventions énergétiques pour aider ces groupes vulnérables », fait-on savoir.

Les raisons du recul de la croissance

Plusieurs facteurs ont contribué à la chute de la croissance en Afrique subsaharienne. Selon Abebe Aemro Sélassié, directeur du département Afrique du FMI, les perspectives globalement médiocres s’expliquent en partie par un ajustement insuffisant des politiques économiques. C’est particulièrement le cas pour les pays exportateurs de produits de base, notamment les pays exportateurs de pétrole, tels que l’Angola, le Nigéria et les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Selon le rapport du FMI, les retards observés dans l’exécution des ajustements indispensables entraînent une augmentation de la dette publique, créent de l’incertitude, freinent l’investissement et risquent d’engendrer des problèmes encore plus importants à l’avenir. « Des sources de vulnérabilité apparaissent aussi dans beaucoup de pays pauvres en ressources naturelles. Si ces pays, comme la Côte d’Ivoire, le Kenya et le Sénégal, ont généralement maintenu une croissance vigoureuse, leur déficit budgétaire est élevé depuis plusieurs années, car leurs gouvernements ont cherché à juste titre à s’attaquer aux déficits dans le domaine social et dans les infrastructures. En conséquence, leurs amortisseurs budgétaires et extérieurs diminuent et leur dette publique est en hausse », explique Abebe Aemro Sélassié. Pour ce dernier, une reprise modeste de la croissance, de 1,4 % en 2016 à 2,6 % en 2017 placera à peine l’Afrique subsaharienne sur une trajectoire de hausse du revenu par habitant. Ce redressement, selon le FMI, sera porté principalement par des facteurs ponctuels dans les trois plus grands pays, à savoir un redressement de la production pétrolière au Nigéria, une augmentation des dépenses publiques en Angola et une diminution des effets de freinage de la sécheresse en Afrique du Sud. Mais pour les autres pays, souligne-t-on, les perspectives restent exposées à des incertitudes considérables, notamment une nouvelle appréciation du dollar américain, un durcissement des conditions de financement à l’échelle mondiale, surtout pour les pays dont les paramètres économiques fondamentaux se sont détériorés. Dans tous les cas, pour Abebe Aemro Sélassié Sélassié, l’Afrique subsaharienne reste une région qui dispose d’un potentiel de croissance considérable à moyen terme, à condition que des mesures internes vigoureuses soient mises en œuvre.



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