Techno

Adebayo Adegbembo : l’apprentissage ludique

Par Fleur-Jennifer Ntoko Moussio le 29 Juin 2016


Promouvoir la culture africaine via les nouvelles technologies, telle est la raison d’être depuis bientôt quatre ans de Genii Games Limited. Pour son fondateur, le Nigérian Adebayo Adegbembo, il s’agit d’enseigner de façon récréative aux enfants africains l’histoire, les traditions, les contes, les langues, le folklore et la musique du continent.



Genii Games Limited (GGL), entreprise d’applications mobiles et de vidéos en ligne, a été officiellement créée en 2012. Après Babbel, Duolingo ou Semper, applications qui permettent d’apprendre notamment les langues occidentales et orientales, le continent se devait de se doter d’applications dédiées à l’apprentissage des langues locales. Avec un marché mondial des applications mobiles en forte croissance, GGL a choisi ce vecteur pour se mettre en avant sous la marque « Asa » – « culture » en yoruba. 

LA JEUNESSE AFRICAINE COMME CIBLE PRINCIPALE

Selon le compte rendu du Fonds des Nations unies de 2014 sur le pouvoir des adolescents et des jeunes dans le monde, le nombre de jeunes entre 10 et 24 ans n’a jamais été aussi élevé dans l’histoire de l’humanité. Dans certains coins du globe, il y a des pays « où plus d’un habitant sur trois est un jeune ». Selon un second rapport de 2012 effectué par la même institution, jusqu’en 2065, les jeunes représenteront 30,20 % de la population africaine. 
C’est en constatant que les jeunes de son entourage n’avaient que peu d’intérêt pour la culture et la langue de leur pays, qu’Adebayo Adegbembo a réalisé que seul un petit nombre d’entreprises agissaient pour les y intéresser. Le fondateur de GGL choisit alors de se concentrer sur les enfants entre 2 et 12 ans. 
« C’est lorsqu’ils sont très jeunes que les enfants sont aptes à apprendre énormément de choses. J’essaye de transmettre notre culture de la façon la plus intéressante possible. Les produits dédiés aux enfants comme les dessins animés ou les jeux disponibles sur le continent ne permettent pas forcément de se familiariser avec la culture nigériane », indique-t-il.
Depuis sa création, les jeux et vidéos GGL ont été téléchargés plus de 100 000−fois. A l’étranger, les principaux utilisateurs des jeux et vidéos GGL sont basés dans les pays anglo-saxons où la diaspora nigériane est fortement implantée. « Ces personnes veulent garder des liens avec la culture nigériane. Cette diaspora a soif de savoir et c’est ce qu’on leur offre», explique Adebayo.
Bien qu’il soit encore difficile d’obtenir un chiffre d’affaires significatif des activités de GGL, le domaine des applications mobiles a, à lui seul, généré un peu plus de 10 000$ depuis 2012. Avec les différentes activités planifiées pour 2016, les perspectives englobant les nouveaux projets de GGL promettent un avenir brillant. Adebayo table notamment sur un CA approchant les 100 000$ pour fin 2016. 

UNE ÉQUIPE RÉDUITE, MAIS PERFORMANTE

Les bureaux, basés à Lagos dans les locaux du centre social d’innovation Co-Creation Hub, le principal investisseur de GGL, se trouvent près d’une artère animée du centre-ville. 
Dans un vaste open space, l’équipe de trois personnes travaille d’arrache-pied à la production de plus d’une trentaine de jeux et vidéos. Une équipe qui peut s’élargir à une dizaine de membres pour répondre à la demande. « Notre mission, c’est de multiplier les contenus autour de la culture africaine et de montrer à ces jeunes que l’apprentissage peut être ludique. Nous voulons démystifier tout ça », déclare l’entrepreneur.
Au quotidien, Adebayo Adegbembo est à la programmation des jeux. Un illustrateur s’occupe des dessins d’animation, et un « community manager » gère la  présence de GGL sur les réseaux sociaux. Ensemble, ils effectuent un brainstorming hebdomadaire pour sélectionner les prochains sujets à aborder.

LES JEUX GENII GAMES

La marque « Asa» se veut résolument tournée vers la promotion de la culture. L’entreprise réunit en son sein des applications et des vidéos qui se veulent toujours plus interactives. En e„et, les productions GGL combinent des graphismes colorés, des textes élaborés, du son, de l’image. Selon les niveaux, les contes et les chansons folkloriques enseignent aux enfants les bases de la langue.
Pour répondre à un public mondialement connecté, les applications GGL sont sous-titrées en plusieurs langues : français, espagnol, allemand, portugais, chinois, anglais et, bien sûr, yoruba. En outre, les utilisateurs seront en mesure d’enregistrer et d’écouter leurs propres voix pour répéter les mots à apprendre. L’un des derniers jeux GGL, sorti au dernier trimestre de 2015, est Sango et ses femmes, une adaptation interactive pour les enfants d’une mythologie yoruba populaire mettant en scène Sango, le dieu du tonnerre et ses trois épouses – Osun, Oya et Oba. Sango et ses femmes est disponible en téléchargement depuis le 1er octobre 2015 sur les plateformes Google Play Store, Apple Store et Amazon App Store. Aussi, pour mettre en place le modèle freemium de GGL, il a fallu avoir accès aux paiements en ligne et à la monétisation des jeux. GGL étant localisée au Nigeria, pays où il est impossible de vendre du contenu payant via Google, l’entreprise a rencontré des obstacles pour la mise en place de son modèle économique. La start-up a dû passer par une plateforme anglaise pour retirer les bénéfices des téléchargements. Les productions Genii Games coûtent en moyenne 1$ au téléchargement.

UN CEO AU CŒUR DE L’ACTIVITÉ TECHNIQUE

En plus d’être le fondateur unique de ce projet ambitieux, Adebayo Adegbembo met aussi la main à la pâte. Cet ingénieur de 32 ans est le programmeur principal des productions de sa propre entreprise. Après des études en ingénierie, il s’est directement lancé sur le chemin de l’entrepreneuriat. ActionScript, Java, Adobe n’ont pas de secret pour lui, ce sont d’ailleurs les principaux outils de travail avec lesquels il code ses jeux.
GGL a eu le soutien de son investisseur principal, Co-Creation Hub. L’entreprise a également remporté plusieurs prix : le Prix Etisalat 2013 de l’innovation panafricaine et le prix Blackberry des 10 meilleurs développeurs.
C’est grâce à ces gains amassés que le chef d’entreprise a pu investir près de 50 000 $ dans l’aventure Genii Games depuis sa création en 2012.
Pour 2016, l’entreprise se veut « plus agressive » en termes de présence sur les canaux de diffusion qui sont les siens. Web, mobile ou encore le domaine de l’audiovisuel. En effet, GGL se lance dans la création d’une minisérie qui sera di„usée à la télévision nationale au cours de l’année 2016.

Publié en Mars 2016


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