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A la recherche des Business Angels d’Afrique francophone

Par Harley Mckenson le 12 Septembre 2016


L’activité de business angels est encore à l'état embryonnaire dans la majorité des pays d’Afrique francophone, pour des raisons d’ordre juridique, sécuritaire, social et pédagogique.



A la recherche des Business Angels d’Afrique francophone
Au Burkina Faso, Moctar Dembélé et Gérard Niyondiko conçoivent en 2013 un savon anti-moustique innovant baptisé « Faso Soap » pour lutter contre le paludisme. Malgré les immenses potentialités que regorge leur start-up, ils peinent à trouver des financements et s’en remettent trois ans plus tard à la générosité des internautes via le crowdfunding pour récolter des fonds. Cet exemple, qui n'est pas un cas isolé, en dit long sur l’état du marché quasi-inexistant de l’investissement individuel en Afrique francophone, alors que l’Afrique du Sud, le Nigéria, le Kenya et le Ghana, qui ont eu un rôle précurseur en la matière, semblent conserver une longueur d’avance sur toute l'étendue du continent. Seules les sociétés ayant atteint un stade de développement plus avancé semblent avoir les faveurs des gros fonds d’investissement internationaux. Mais la grande majorité des Etats membres des espaces CEMAC (Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale) et UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine)  tardent à favoriser l'émergence de business angels, également connus sous l'appellation « d’anges financiers ».

Un business angel est une personne fortunée qui investit son argent, puisé dans son épargne, dans des projets à fort potentiel de croissance qu'il aura choisis en fonction de son secteur d’activité de prédilection. La principale motivation qui anime un ange financier réside dans la volonté de payer moins d’impôts. Cependant, la législation dans les pays de l’OHADA,  l’Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des affaires,  ne prévoit pas un ensemble de mesures incitatives très poussées d'ordre fiscal et les textes relatifs à l’investissement individuel sont assez flous, pouvant parfois induire les lecteurs en erreur, car le terme « investisseur » y est utilisé à toutes les sauces : de temps à autre, nul ne sait s’il s’agit d’un financier au sens premier du terme ou si l’on parle tout simplement d’un entrepreneur qui souhaite développer ses activités.
Aux Etats-Unis, le pays le plus en pointe au monde en matière d’investissement individuel, l’expérience montre que seuls les avantages fiscaux motivent les personnes à injecter leurs fonds dans le capital d’une société. En outre, il est plus judicieux pour l’Etat de donner un « coup de pouce fiscal » à des anges financiers, réputés soutenir l’économie nationale et davantage téméraires que les banques pour leurs prises de risque, plutôt que d’accorder des crédits d’impôts aux sociétés naissantes.
Il en va donc de la responsabilité des nations appartenant à l’espace OHADA d’étoffer l’arsenal juridique dans ce sens.

Le fait qu’un particulier aspire à devenir un business angel laisse supposer qu’il  possède un passé professionnel de chef d’entreprise ou de cadre dirigeant,  doté de surcroît d’une expertise technique qui lui permet  de dénicher les meilleurs projets dans le secteur d’activité qu’il maitrise parfaitement. Or le tissu économique dans la majorité des pays d’Afrique francophone, dominé par les TPE (Très Petites Entreprise), est très faible et se renouvelle trop lentement. D’une part, la faute est à imputer à la lourdeur des formalités administratives pour monter sa propre affaire.  D’après Doing Business, un rapport établi annuellement par la Banque mondiale, la Centrafrique, le Tchad, le Congo-Brazzaville, le Mali et Djibouti font partie des pays où créer une entreprise relève du parcours du combattant, tant la lenteur de l’exécution des procédures, les longs délais de traitement et les coûts exorbitants, tous plus déplaisants et dissuasifs les uns que les autres, sont multiples. D’autre part, les sources de financement dites « traditionnelles », notamment les banques disposant pour certaines d’entre elles des réserves excédentaires, rechignent à financer la croissance des entreprises. Il en résulte un niveau de défaillances d'entreprises extraordinairement élevé. Difficile dans ces conditions de faire « éclore » des véritables capitaines d’industries se constituant un patrimoine financier solide qui leur permettent de passer du statut d’entrepreneur à celui d’investisseur.

Paradoxalement, on dénombre toutefois en Afrique centrale et de l’ouest un petit nombre d’hommes d’affaires fortunés ayant le profil requis pour soutenir quelques PME et des start-up locales peu gourmandes en capitaux. Cependant, ces derniers font fi du patriotisme financier africain et choisissent de faire fructifier leur argent sur des comptes bénéficiant de taux de rémunération attractifs en Europe. Il faut ajouter à cela l’état d’esprit d’une poignée de personnes disposant de revenus élevés ou issues de la classe moyenne qui préfèrent consacrer leur budget à la surconsommation de loisirs ou l’acquisition de résidences secondaires plutôt que d’utiliser une partie de leur denier pour investir dans des start-up.

« Je m’intéresserai aux projets d’entreprises issues du continent, une fois la mise en place d’une mission locale qui traite les dossiers de créateurs, tous secteurs confondus », m’avait confié récemment un investisseur lors d’un événement consacré à l’entrepreneuriat.

Quelques lueurs d'espoir sont apparues depuis quelques temps. Toute une série d'initiatives, à l’instar  de Cameroon Angels Network et d’Ivoire Business Angel ont été saluées dans la sphère francophone. Une initiation à l'activité de business angels est même encouragée sur une plateforme en ligne, indiquant aux particuliers la marche à suivre pour investir efficacement dans le capital des start-up africaines les plus prometteuses. Mais force est de constater qu’il est difficile de mesurer réellement l'impact de ces initiatives, compte tenu du manque de données statistiques sur le nombre de prises de participation dans le capital les jeunes pousses africaines, sur l'efficacité des actions menées et des résultats qui en découlent.


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